Vendredi 21 novembre 2008

Il y a toujours ce sentiment étrange lorsqu’on termine quelque chose, ce sentiment de solitude intense, qui se traduit souvent par : « … et je fais quoi maintenant ? ».

 

***

 

C’est quand même bizarre, cette impression qu’elle a, qu’un truc quelque part va pas comme il faudrait. Elle aime pas ce genre de contrat, mais bon, faut bien bouffer. Ca justifie rien. Mais qui s’en préoccupe ? Elle, s’en préoccupe. Alors des fois pour soulager sa conscience, elle jouer le redresseur de bac à sable. Vous direz, c’est débile de faire un boulot comme ça si on le supporte pas. Mais comme on vous a pas demandé votre avis, vous allez la boucler gentiment.

 

Voilà, c’est mieux comme ça.

 

Elle parcourt le monde, elle donne un nom à son fusil. On cherche tous quelque chose. Elle se fond dans le temps et les époques, les cheveux courts dans un port sous les tropiques. A Hanoï, en 67, elle se laisse prendre en photo avec son amant de l’époque. La révolution russe craquelle ses jolies lèvres, et là encore elle prend la pose sur un char. Là en méditerranée pour assassiner l’Archiduc, avec cette jolie écharpe rouge. Elle aime les photos, mais elle n’en prend jamais. Elle tue des gens. C’est un peu pareil. Quelque part c’est plus sincère. Mais après tout, c’est une question de point de vue.

 

_La porte est ouverte, entre.

 

Milly est un peu surprise. C’est rare que ça commence comme ça.

 

_Non, t’inquiète pas petite, je t’attendais, c’est tout. Tu veux une bière ? J’en ai des au frais.

_...ouais…

 

Il pose deux canettes sur la table, les ouvre, en prend une, boit quelques gorgées et soupire de satisfaction. Il s’assied.

 

_Ah putain ça fait du bien.

 

Elle boit aussi.

 

_Pas faux.

 

Silence.

 

_Je sais pourquoi tu es là.

 

Silence encore.

 

_Tu peux y aller pitchoune, je vais pas me mettre à courir pour m’échapper. Plus maintenant.

 

Milly pose sa bière sur la table. Le pistolet est froid et lourd au bout de son bras.

 

_Avant, je veux juste…

 

Il lève la lampe vers le visage de Milly. Les ombres dansent sur les murs. Il sourit :

 

_Ta mère était belle comme toi. Elle aurait été fière, tu sais.

 

Lui, il sourit toujours, elle, l’écoute parler, sans trop savoir ce qu’elle veut entendre.

 

***

 

Elle s’en va, elle pleure un peu, ça la surprend, ça faisait si longtemps, elle savait plus très bien comment ça faisait. Elle lui a laissé le flingue, elle a pas eu le cœur.

 

Vince, lui sourit toujours paisiblement. Le flingue est tombé par terre.

Par John S. - Publié dans : Crossroads
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 25 octobre 2008

_Des histoires, j’en connais. Pour une femme, j’en connais. Allez, approche-toi, tu verras je mords pas. Alors, une histoire… Ah, j’ai trouvé ! C’est une histoire, avec de l’amour, de l’aventure, du suspense… mais surtout, c’est une histoire vraie !

Ca commence il y a longtemps, dans un pays chaud, loin d’ici. C’est l’histoire d’un jeune gars qui est capitaine d’un navire de guerre, un beau croiseur. Ca faisait plusieurs semaines que le bateau naviguait, à plusieurs miles de toute terre. La chaleur était écrasante. Même la nuit. Et là, un jour, vers midi, le soleil était au zénith, pas un poil de vent pour soulager les pauvres marins, quand soudain un des gars aperçoit une petite embarcation qui dérive au milieu de l’océan. Alors du bateau, ils dépêchent une vedette pour aller voir. Et voilà que dans le canot, il y a une femme ! Miracle, elle est en vie ! Une très belle femme, se dit notre capitaine, la plus belle femme qu’il ait vu de sa vie. Elle a les cheveux noirs bouclés qui lui descendent jusqu’au milieu du dos, la taille fine et la peau mate. Ils la ramènent à bord et lui donnent une cabine pour qu’elle puisse reprendre des forces.

Forcément, tous les beaux gars se succèdent à son chevet, même le cuistot, et les officiers, et toutes les belles vestes à galons. Mais quand elle se réveille, lui il est là à la regarder avec des yeux d’envie comme pas possible, au milieu de tous les autres. Alors il ordonne à ses hommes de s’en aller. Elle le laisse faire et le regarde avec ses grands yeux verts. Il lui parle tout doucement, à mi-voix, pour pas l’effrayer, tu vois. Il est un peu gêné. Il lui dit qu’il va lui faire apporter de la nourriture, de l’eau. Que si elle a besoin elle n’a qu’a demander.

Au début, elle répond pas. Elle reste assise sur son lit, personne n’a osé lui enlever sa robe sale et déchirée. Et puis après quelques minutes, elle lui dit très calmement :

 

« _Est-ce que je peux sortir sur le pont ? »

 

Lui il reste con deux secondes, parce qu’elle lui parle avec une voix, mais tu l’aurais entendue… elle parle doucement, sa voix est profonde, elle sent le sable et le vent âcre du désert. Il lui répond que oui bien sur. Il la guide jusqu’au bastingage. La il lui demande qui elle est. Mais il est toujours un peu gêné, il ose pas la regarder dans les yeux. Il jette des coups d’œil à la dérobée. Il a peur que ses yeux verts lisent ses pensées. Faut le comprendre…

Enfin, il lui demande son nom, et là elle sourit et elle tourne la tête vers le large, ses jolis doigts fins qui tiennent le bastingage. Elle a l’air un peu triste, mais elle sourit tout de même et elle lui dit :

 

« _Mon nom est Salambô, je viens d’un pays lointain, au-delà de l’horizon. »

 

Et là, dans le soleil couchant, elle a vraiment l’air d’une Reine. Elle est belle, mais belle. Notre capitaine, t’imagines le pauvre gars, complètement submergé d’émotions qu’il connaît à peine. Faut dire, c’est un gamin, à peine un homme. Un bon marin, un bon soldat, ça oui, c’est pour ça qu’il est arrivé là. Mais pour le reste, c’est pas encore ça. Et là, voir cette femme qui se tient comme une Reine, les reflets rouge du soleil sur ses cheveux, il est sous le charme. Il lui dit de parler encore. Alors elle lui raconte son pays, le sable et le soleil, le désert, et lui il l’écoute parler. Sa voix c’est comme une musique. Il lui dit :

 

« _Tu es Reine Salambô ? »

 

Elle le regarde et elle lui dit simplement :

 

« _Oui. »

 

Alors, il lui dit qu’il l’aime, qu’ils vont s’enfuir, qu’il la ramènera dans son royaume, à la force de ses bras s’il le faut, qu’il abandonne tout pour elle. Elle elle lui sourit. A la nuit ils volent une vedette et ils s’enfuient. Ils accostent dans un petit port de Méditerranée, ils passent la nuit dans un petit hôtel. La plus belle nuit de sa vie à notre capitaine qui n’est plus capitaine. Au matin, il est seul dans la chambre. Il la cherche partout dans l’hôtel, puis dans la ville. Pas une trace. Il est fou de tristesse, fou de rage, de chagrin. Il jure de la retrouver, pour l’aimer ou la tuer. L’un et l’autre, ça revient au même. Mais il va la retrouver. Il le jure devant Dieu. Depuis il parcourt le monde à la recherche de cette femme. Et aujourd’hui ? Qui sait… aujourd’hui qui sait…

Par John S. - Publié dans : Crossroads
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 17 octobre 2008

Tiens, c'est quoi ça? On dirait une vieille cassette de vacances... boarf, pourquoi pas... ça doit être drôle...





En fait non. C'est pas si drôle.

 

_Milly? Ah t'es là... mais qu'est-ce tu fous dans ma piaule?

_C'est quoi ça?

_Oh ça? Héhé bah euh... c'est... ça, bah c'est à l'époque ou j'étais projectionniste dans un cinéma de banlieue au Canada. Bah. Je préfère vraiment pas aborder le sujet. T'as pas des devoirs?

_Mais euh...

_Allez, file!



Décidément, y a des trucs bizarres dans les affaires à Manu, qu'elle se disait la gamine. Quelque part, elle a pas tort...





La Jetée, 1962, Chris Marker

Par John S. - Publié dans : Crossroads
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 16 octobre 2008

_Bon, ben les gars, puisque vous insistez, j’suis parti…

 

Burt avance dans cette espèce de couloir qui s’enfonce de plus en plus profond. Il y fait de plus en plus noir aussi. Et puis ça pue. Mais ça pue vraiment. Ca pue les égouts. Et pourtant, c’est pas les égouts.

 

Il a l’étrange impression que quelque chose va lui tomber sur le coin de la gueule.

 

Burt continue d’avancer. Et il fait toujours de plus en plus noir, et ça pue toujours de plus en plus. Ca pue les égouts. Et pourtant…

 

Il a l’étrange impression que quelque chose de pas marrant du tout va lui tomber sur le coin de la gueule dans pas longtemps… par exemple, lorsqu’il aura ouvert cette grosse porte en fer.

 

Burt soupire. Bah ouais, enfin, c’est toujours pour sa gueule les missions foireuses comme ça. Et ça va encore mal finir. Il le sait, t’façon c’est obligé alors… d’une main il pousse la porte… et la regarde tomber sur le sol dans un fracas indescriptible.

 

Ouais, il a l’air bien con.

Pour la discrétion, on repassera.

 

Et là, normalement, l’énorme démon sort de cette espèce de puit béant d’où provient la fameuse odeur nauséabonde. Il attaque le gentil héros, qui esquive de manière rocambolesque. Ils se foutent trois tatanes et demi pour la forme, et finalement, le démon retourne en enfer bouffer des pissenlits. Presque presque, Burt, ça le ferait rire.

 

Sauf que là, soudainement, l’énorme démon sort de cette espèce de puit béant d’où provient la fameuse odeur nauséabonde. Il attaque Burt, qui n’esquive pas du tout. Faut dire aussi, le genre de bazooka que cet enfoiré de damné utilise avec une aisance déconcertante n’était pas tout à fait prévu au programme.

 

Burt se relève péniblement. Cet enculé a du lui péter le nez, vu comment ça pisse le sang. Tant pis, il va voir ce qu’il va voir.

 

_Alors petite salope, tu veux goûter encore de mon gros lance missile ?

_Bouge pas mon cœur, celle-là tu vas la sentir bien profond.

 

Trois pruneaux bénis dans la tronche, ça a l’air de l’avoir calmé un peu. Dans le monde merveilleux ou tout est bien qui finit bien, Burt marche vers le démon, prend une pose ténébreuse et lui dit un truc malin avec une voix de crooner. Dans le vrai monde pas trop merveilleux ou tout est pas vraiment parti pour bien finir, le démon sourit et dégaine une grosse épée.

 

_Oh mon amour, j’adore quand tu me traite comme ça.

_Ah ouais ? Ca tombe bien, j’étais pas parti pour arrêter.

 

Burt vide son chargeur sur son ennemi. Mais au final ça a pas l’air de lui faire grand-chose. Burt évite le coup d’épée, mais pas le coup de poing qui vient derrière. Ni le suivant. Ni celui d’après, ni celui d’encore après.

 

_Alors chérie, on se laisse aller ? Debout !

 

Le gros CRAC, là, c’est les cotes de Burt qui se brisent sous le coup de pied qui l’envoie bouler contre le mur. Il se relève en s’appuyant à la paroi. Il le savait depuis le début que c’était foireux comme mission.

 

_Bon… ben j’aime pas ça mais tu me laisses pas le choix, tache de pus !

 

Le gros démon s’approche et le soulève par un bras en rigolant grassement. Burt a mal. Il crache du sang.

 

_Et la mon poulet, tu fais quoi ?

_J’te bute.

 

Burt applique violemment la paume de sa main sur la figure du démon, expectore deux mots de pouvoir et BOUM.

 

***

 

Burt regarde son moignon sanguinolent. Ca va encore mettre des mois à repousser…

Par John S. - Publié dans : Crossroads
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 29 septembre 2008

Encore une nuit sans sommeil. Manuel regarde les chiffres du radio réveil. Trop tard et douze minutes. Treize. Il est assis sur le lit, le ventilo vrombit doucement. Entre ses mains il y a un masque de lutteur, tout usé, tout vieux…

 

***

 

La foule hurle, trépigne, éructe sa frustration. Le speaker roule les ‘r’ et fait le show.

 

_De Sacramento, Californie, pesant deux cent vingt-sept livres, il remet son titre de champion en jeu ce soir, c’est celui que vous attendiez tous… El… Diablooo !

 

Et c’est parti. Les spots s’allument, la musique retentit, El Diablo fait le fort et monte sur le ring. Il fait le guerrier. Il hurle et expose sa musculature. C’est le jeu.

 

_Et arrivant tout droit de Las Vegas, Nevada, pesant deux cent cinquante et trois livres, voici… Blackjack Joe !

 

L’autre aussi se la joue. Ils sont payés pour ça.

 

La cloche sonne.

Le combat s’engage, doucement, tranquillement. Deux ou trois pains à droite à gauche. Les combattants s’empoignent, font semblant de se frapper, font semblant de souffrir en faisant des grimaces pas crédibles, avec la langue tirée et tout et tout.

 

Et puis après ils se fracassent des chaises sur la gueule, et se balancent sur des tables. Ca fait un peu mal. Mais le public adore ça. Le speaker commente l’incroyable brutalité des coups portés, l’impossible bestialité des deux combattants. L’un après l’autre ils font semblant d’avoir l’avantage sur leur opposant.

 

Mais El Diablo sait ce qu’il a à faire. Un coup et il trébuche en arrière, dans les cordes. Il se relève, Blackjack Bob lui replaque la tronche par terre. Il entend l’arbitre compter, et la foule qui scande : Un ! Deux ! Trois !

 

La foule est complètement survoltée. Blackjack Billy a gagné. Il lève les bras au ciel. El Diablo sent les battements de son coeur qui explosent dans sa tête comme des coups de feu. Le sang qui cogne aux tempes.

 

***

 

Bah, à quoi bon les souvenirs, ça fait rien qu’à faire du mal. Il ferait mieux de dormir. Il y a bien longtemps que El Diablo n’existe plus. Il jette le vieux masque usé au loin et se vautre sur le lit. Il soupire. Il a encore trop bu ce soir.

 

***

 

Au premier rang, Mr Ernest lui souriait de son sourire de crevard en hochant la tête doucement.

 

Par John S. - Publié dans : Crossroads
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 28 août 2008

…et là, le mec me fait…

                                                           …est-ce que tu te rends compte un peu là?

                       …oah, eh ! Genre la poufiasse…

…mais c’est pas possible avec Jerry…

                                                                                  …allo ?

                                                           …oui faut voir…

                                                                       …lui fait bouffer le bitume…

                        …hein ?

 

Il trace sa route au travers de l’animation de cette chaude nuit d’été. Il scrute chaque passant, chaque porche, chaque recoin, à la recherche d’un indice, d’une trace, d’un signe. Il serre les dents, il serre les poings dans les poches de son vieux blouson de moto.

Il est nerveux.

Ca fait si longtemps faut dire…

Pourtant instinctivement il connaît le chemin. Ses bottes traînent dans la poussière.

Il trace sa route, à grands pas décidés.

 

***

 

Il marche, la ville s’éloigne derrière lui. Il remonte le vieux chemin poussiéreux. Il y croit ? Pas trop. Disons, il a du mal.

Tout a vieilli. Tout a vieilli trop vite. Lui aussi. La clôture tombe en ruine. Le jardin a oublié de se faire une beauté. Si tant est qu’il en ait jamais eu une…

Il y a de la lumière sous la porte. Son cœur bat de plus en plus vite. De plus en plus fort. Et si c’était un piège. Non ça peut pas être vrai. Ses paumes sont moites. Il avance rapidement, il court presque. Le poing crispé sur son calibre.

 

***

 

Il est devant la porte. Il respire bruyamment. Il ne le sent pas. Du tout. Tant pis. Il pose la main sur la poignée, pousse la porte qui grince.

 

BANG.

 

Il pisse le sang, goûte la poussière.

 

_Et merde…

 

Par John S. - Publié dans : Crossroads
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 11 août 2008

Le bar se tait. Sous les lumières tamisées par la fumée qui monte des cendriers, des vies se font et se défont, se noient goutte à goutte dans un fond de rhum. Courbé sur son clavier, un vieux pianiste égraine inlassablement le même air.

Il y a ces histoires qui passent de bouche en bouche, ces gorges brisées qui les crachent à mi voix. Des histoires de nuits tropicales, de femmes, de chaleur. Des histoires d’On sent les embruns.

 

Il est là, à cette table, entouré de deux garces à l’air niais qui rigolent et qui s’extasient à chacune de ses phrases, avec des « oh ! » et des « ah ! » et des « han ! », du genre qui veulent faire langoureux, mais c’est pas franchement excitant.

 

Milly le regarde faire de loin. Mais y a un moment ou trop c’est trop, et en plus les deux grognasses lui filent la gerbe. Alors elle s’approche.

 

_Alors Corto mon grand, toujours occupé ? Tu es plus facile à trouver qu’avant.

_Milly mon ange ! Viens donc te joindre à notre tablée !

 

Les deux pouffes tentent bien de s’enquérir avec force sourires de l’identité de la nouvelle venue, mais le beau marin les a déjà oubliées.

 

_Dis-moi Corto, t’arrêtes jamais de raconter des conneries ?

_C’est pas des conneries, ces des histoires !

_Pourquoi tu fais ça ?

_Pourquoi ? Pour les femmes !

 

Il fait de grands gestes en parlant. Les deux grognasses ont fini par se barrer, frustrées, sûrement. Milly s’est assise en face de Corto.

 

_T’es tombé bien bas mon pauvre… j’ai connu un Corto qui courtisait des princesses…

 

Il détourne le regard.

 

_Ta gueule Milly. Ta gueule.

_Regarde toi Corto, tu ressembles plus à rien.

 

Il ne répond rien et se sert un autre verre de rhum de trop. Finalement.

 

_Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse.

_C’est pas à moi de vouloir quoi que ce soit.

_Milly, pourquoi t’es venue me voir au juste ? T’as jamais voulu m’aider à la retrouver.

_Non. Si je lui mets la main dessus, je lui ruine la gueule.

_T’es vraiment qu’une pute.

_On me le dis souvent.

_Casse-toi.

 

Il se tourne vers son rhum et fixe intensément la bouteille qui se vide dans son verre. Milly hoche la tête avec une petite moue. Elle se lève et sort une photo de son sac, qu’elle pose sur la table. C’est une belle femme à la peau mate et aux cheveux bouclés.

 

_Nom de code : Salambô. J’ai pensé que ça t’intéresserait.

Par John S. - Publié dans : Crossroads
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 30 juillet 2008

Des années de recherches qui touchent à leur fin. Vince a les mains qui tremblent. Il pleure. Il n’est pas heureux. Et en même temps il n’est pas malheureux, c’est un sentiment curieux qu’il a. Même Bob le chien qui parle ferme sa gueule. Dans sa petite cervelle de chien, il doit comprendre que c’est pas le moment de la ramener.

 

_Alors t’étais là… pendant toute ce temps t’étais là…

 

C’est vrai qu’il est content de la retrouver, alors entre ses larmes il sourit. Bob le chien qui parle vient se frotter à sa jambe, il ne dit rien.

 

Vince parle sans attendre de réponse. Il a laissé sa pudeur au vestiaire, pour une fois. Pour une fois, il ne joue pas son cow-boy de bac à sable.

 

Des années de recherches qui touchent à leur fin.

 

***

 

Il réfléchit, il se demande, qu’est-ce qu’il va bien pouvoir foutre, maintenant qu’il n’a plus rien a chercher.

 

_Vous savez, elle a une fille... s’appelle Milly !

 

Vince se retourne. C’est le vieux Manu qui vient de parler. Appuyé sur sa pelle, Manuel Shelby a les yeux qui pétillent, comme toujours.

 

_Elle est ou ?

_’me semble chez un Oncle. L’Oncle Addison que je l’entendais dire souvent…

_Addison…

_Un ami ?

_Une connaissance.

_Remarquez, moi ça me rappelle quand j’étais trappeur, un truc pareil m’est arrivé.

_Z’avez été trappeur ?

_Oui mais je préfère ne pas aborder le sujet…

 

***

 

Des années de recherches qui touchent à leur fin. Vince a enfin retrouvé Rouge. Elle est ici, sous six pieds de Terre et une lourde dalle gravée à son nom. Rest in Peace.

 

***

 

Des années de recherches qui touchent à leur fin. Mais la traque continue. Sans cesse. Encore et encore. Jusqu’à la folie.

Par John S. - Publié dans : Crossroads
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 30 juillet 2008

Il s’assied sur le lit défait, face à la fenêtre. La lune entre a flot et projette l’ombre étrange du haut du radiateur sur le sol poussiéreux.

Elle frappe à la porte.

Emmitouflée dans son petit manteau noir, elle attend. Triste. Un peu, au moins.

Elle frappe de nouveau. Il ne va pas ouvrir. Il ne tourne même pas la tête.

 

***

 

_Arrêtes, Vince, tu sais bien…

 

Il a du mal à retenir ses larmes. Il passe une main nerveuse sur son visage.

Elle est presque en pleurs, sa voix est cassée. Il ne la voit pas, mais ses cheveux éblouissent presque dans l’embrasure de la porte.

 

_Tu le sais…

 

Elle est triste, résignée. Elle s’approche du lit. Elle s’assied et pose sa tête sur l’épaule de Vince. Il le sait qu’il n’y a pas de place pour eux.

Par John S. - Publié dans : Crossroads
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 9 juillet 2008

Le vent fait danser ses cheveux, le soleil joue sur ses formes qui commencent à poindre. Elle a grandi vite, presque une femme. Le vieux a son vieux chapeau, il mâchonne un mégot avec le peu de chicots qui lui restent. Il regarde la gamine qui regarde au loin, au bout de l’horizon. Il sourit.

 

_Dis-moi, Mani, tu l’as connue ?

_Hm, qui ça ?

_...

_Oh. Non.

 

Il lui ment. Il lui ment pour la préserver, qu’il se dit. Il se dit que de toute façon ça changera rien, et qu’elle reviendra quand le temps sera venu. En attendant il lui ment.

 

Il regarde la gamine. Elle est si sérieuse… et en même temps, si insouciante. Il est triste pour elle, un peu. Après tout, elle a pas choisi, mais personne y peut plus rien, alors…

 

Un jour elle saura.

Bien assez tôt.

 

_Eh, Mani, tu voulais faire quoi comme métier quand t’étais gosse ?

 

Il est un peu surpris de la question.

 

_Ah… euh… bah je voulais devenir poète.

_C’est vrai ?

_Si je te le dis !

_Et tes parents ils disaient quoi ?

_Ils disaient rien mes parents. Ils disaient jamais rien…

_Moi je veux être infirmière ! Ou photographe…

_C’est vrai ?

_Eh ! Si je te le dis !

 

Ils partent à rire tous les deux.

 

_Tu vois, ça me rappelle quand j’étais médecin au Sri Lanka. C’était la guerre, et y avait une petite fille, oh, elle devait avoir ton age…

_Alors c’est pas une petite fille.

_De quoi ?

_J’suis plus si petite que ça ! J’ai treize ans !

_Bon, d’accord, alors y avait une jeune fille, elle était blessée, et le seul machin qui lui restait de sa maison, c’était un vieil appareil photo.

 

Il se tait un instant. La gamine s’impatiente.

 

_Et alors ?

_Alors… non rien, oublie ça. Eh mais… t’as pas des trucs à faire pour l’école demain ? Allez hop hop hop ! C’est parti !

 

Elle rechigne un peu. Et puis elle attrape son sac en ronchonnant. Lui la regarde s’éloigner en traînant des pieds. Non, définitivement, il préfère ne pas aborder le sujet…

Par John S. - Publié dans : Crossroads
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

  • : Macadam Stories
  • : Macadam Stories, des âmes en peines qui se croisent, se rencontrent, se connsaissent, se perdent... De petites pages de vies décalées, étranges, hors du temps. Participez. Faîtes moi part de votre vision de l'évolution des personnages de Macadam Stories. Parce qu'après tout, c'est vous qui les faîtes vivre... Les nouvelles ne sont pas publiées dans l'ordre chronologique. Mais est-ce que le temps est réellement important?
  • Retour à la page d'accueil
  • Recommander ce blog

Auto stop

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus