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Encore une nuit sans sommeil. Manuel regarde les chiffres du radio réveil. Trop tard et douze minutes. Treize. Il est assis sur le lit, le ventilo vrombit doucement. Entre ses mains il y a un masque de lutteur, tout usé, tout vieux…
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La foule hurle, trépigne, éructe sa frustration. Le speaker roule les ‘r’ et fait le show.
_De Sacramento, Californie, pesant deux cent vingt-sept livres, il remet son titre de champion en jeu ce soir, c’est celui que vous attendiez tous… El… Diablooo !
Et c’est parti. Les spots s’allument, la musique retentit, El Diablo fait le fort et monte sur le ring. Il fait le guerrier. Il hurle et expose sa musculature. C’est le jeu.
_Et arrivant tout droit de Las Vegas, Nevada, pesant deux cent cinquante et trois livres, voici… Blackjack Joe !
L’autre aussi se la joue. Ils sont payés pour ça.
La cloche sonne.
Le combat s’engage, doucement, tranquillement. Deux ou trois pains à droite à gauche. Les combattants s’empoignent, font semblant de se frapper, font semblant de souffrir en faisant des grimaces pas crédibles, avec la langue tirée et tout et tout.
Et puis après ils se fracassent des chaises sur la gueule, et se balancent sur des tables. Ca fait un peu mal. Mais le public adore ça. Le speaker commente l’incroyable brutalité des coups portés, l’impossible bestialité des deux combattants. L’un après l’autre ils font semblant d’avoir l’avantage sur leur opposant.
Mais El Diablo sait ce qu’il a à faire. Un coup et il trébuche en arrière, dans les cordes. Il se relève, Blackjack Bob lui replaque la tronche par terre. Il entend l’arbitre compter, et la foule qui scande : Un ! Deux ! Trois !
La foule est complètement survoltée. Blackjack Billy a gagné. Il lève les bras au ciel. El Diablo sent les battements de son coeur qui explosent dans sa tête comme des coups de feu. Le sang qui cogne aux tempes.
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Bah, à quoi bon les souvenirs, ça fait rien qu’à faire du mal. Il ferait mieux de dormir. Il y a bien longtemps que El Diablo n’existe plus. Il jette le vieux masque usé au loin et se vautre sur le lit. Il soupire. Il a encore trop bu ce soir.
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Au premier rang, Mr Ernest lui souriait de son sourire de crevard en hochant la tête doucement.
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